Monsieur C

ponziMonsieur C. se lance dans la finance

Nous sommes au début des années 2000. L’aimable Monsieur C. végète à Miami lorsqu’il découvre en surfant sur Internet des publicités pour des placements à haut rendement, les célèbres HYIP (High Yield Investment Program, littéralement programme d’investissement à haut rendement) qui se répandent alors sur la toile aux Etats Unis.
Lorsqu’on parle de haut rendement, nous ne parlons pas ici des 15% par an promis par un Madoff, non, nous parlons de vrai haut rendement : les 15% sont ici mensuels, voire hebdomadaires, si ce n’est quotidiens (j’ai vu des promesses de rendement de 900% en 8 jours).

L’intelligence de ces programmes est de prétendre d’une part brasser des millions, sous des appellations ronflantes, et d’être d’autre part accessibles à partir de petites sommes, de 10 à 100 dollars. Ils diffusent leur publicité massivement par émail, et, dans le lot, finissent bien par attirer des curieux ou des joueurs. A ce niveau de mise, c’est du jeu, la grande majorité des premiers entrants placent quelques billets dans l’aventure, en se disant qu’après tout, c’est peut être possible, autant tenter, avec à peu près autant d’espoir que de remporter la mise au loto.

Mais l’objectif n’est pas de collecter de ci delà quelques billets (quoique des petites sommes à des milliers d’exemplaires finissent par faire une somme rondelette) et la mécanique est bien huilée. Le « service client », en réalité l’individu qui monte le HYIP, contacte chaque investisseur, dans le but d’en savoir plus sur lui, le but étant de profiler les plus convaincus, disposés, s’ils voient des retours, à investir plus. Ceux là toucheront, sur le bon vieux principe de la pyramide, leurs intérêts, financés par les dépôts des autres, et seront incités d’une part à réinvestir, et d’autre part à recruter des amis pour ce programme si merveilleux qui leur a tant rapporté.

Monsieur C flaire le bon filon : les HYIP francophones ne sont pas encore très développés, il va donc y remédier. Sans attendre, il s’en va créer son entreprise offshore au Panama (où il n’a bien entendu aucune licence financière, oui même au Panama cela est requis), s’invente un associé, que manquant d’imagination il baptise du nom de la rue où se trouve la boîte aux lettres de son siège social, achète des listes d’adresses mail et se lance.

Monsieur C. sévira près de cinq ans. Au début, Monsieur C. y croit : il investit lui même la moitié des fonds dans d’autres HYIP, qui le payent….pendant un temps. L’autre moitié est pour lui, vu qu’il a eu la bonne idée de diviser les rendements par deux. Puis il comprend : perdu pour perdu, autant que ce soit à son profit.

Au cours de sa carrière, Monsieur C. lèvera, dit-on, trois millions de dollars, auprès de 10,000 clients. La majorité en seront pour quelques dizaines d’euros, mais il y aura des épargnants littéralement ruinés. Les poursuites au Panama décourageront les plus vindicatifs, et Monsieur C a depuis disparu de la circulation. Il vivrait désormais au Belize.

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